Le Point.fr - Publié le
- Modifié leLes experts prévoient une reprise de la croissance fin 2013, mais se gardent bien d'expliquer pourquoi. Patrick Artus, lui, ne voit rien venir.
À la une du Point.fr
-
Tesson : "Hollande, le roi est quasiment nu"
Par Philippe Tesson
-
Giulio Andreotti, l'inoxydable
Par Yves Cornu
-
Mort d'Andreotti : le Divin Giulio, au paradis ou en enfer ?
-
Face à la crise : l'exemple des microbes !
Par Didier Raoult
-
Football : du rififi entre la FFF et l'AS Monaco
Par Alexandre Ferret
-
Mexique : un orchestre pour sauver les enfants
Par Patrice Gouy
Le Consensus des prévisionnistes, la BCE, la Commission européenne, le FMI, l'OCDE affirment qu'il y aura reprise économique dans la zone euro au second semestre 2013 et en 2014. C'est une tentation habituelle des prévisionnistes que d'annoncer une reprise dans un an ; mais il faut pouvoir expliquer pourquoi il y aura reprise fin 2013. Toutes les prévisions disponibles annoncent une reprise économique dans la zone euro. Celles de croissance faites aujourd'hui pour la zone euro vont de - 0,1 à - 0,3 % pour 2013, de 1 à 1,4 % pour 2014. Elles annoncent une reprise de la croissance au second semestre 2013 et en 2014. Il faut savoir que c'est un biais fréquent des prévisionnistes, lorsque la situation économique est difficile, de parier sur une reprise pour l'année suivante. Mais en réalité, il faut expliquer d'où viendrait une reprise économique ; elle ne surgit pas de nulle part.
Pourquoi y aurait-il reprise de la croissance dans la zone euro au second semestre 2013 ? Il faut rechercher ce qui pourrait déclencher la reprise de la croissance dans la zone euro à partir du second semestre 2013. Ce ne peut pas être le désendettement du secteur privé ou l'arrêt des politiques budgétaires restrictives. À la différence de ce qu'on observe aux États-Unis, les taux d'intérêt à long terme sont nettement supérieurs au taux de croissance dans la zone euro, ce qui freine le désendettement du secteur privé, donc empêche la reprise de la demande privée. Le taux d'endettement du secteur privé, qui est encore à son niveau de 2008 dans la zone euro, est revenu à son niveau de 2004 aux États-Unis. De plus, la politique budgétaire va devoir rester restrictive dans la zone euro alors que tous les travaux récents montrent que le multiplicateur budgétaire est aujourd'hui très élevé dans la zone euro, nettement supérieur à 1 : une réduction de 1 point du PIB du déficit réduit le PIB de plus de 1 point.
Pessimisme
Le second facteur de pessimisme est que, avec l'extrême faiblesse de la croissance potentielle de la zone euro, il est difficile de croire à une reprise de la demande du secteur privé. Avec la faiblesse des gains de productivité et les perspectives démographiques, la croissance potentielle de la zone euro est très faible : 0,2 % par an. Avec une croissance potentielle aussi faible,pourquoi y aurait-il redressement de la demande des ménages ? Quels revenus futurs les ménages consommeraient-ils, avec une croissance de long terme aussi faible ? Pourquoi y aurait-il redressement de l'investissement des entreprises ? La progression de la demande future étant si faible, il n'y a pas besoin de capacités nouvelles. D'ailleurs la demande des ménages a reculé de 1,5 % en volume en un an ; l'investissement productif des entreprises de la zone euro, de 6 % en un an.
Une reprise par les exportations est aussi difficile à croire avec la faiblesse de nombreuses économies. De nombreux pays sont en difficulté (Chine où la reprise de la croissance ne vient que de la construction et ne tire pas le commerce mondial ; Inde avec les goulots d'étranglement sur le marché du travail, sur l'énergie ; Brésil et Corée avec la surévaluation du change ; pays d'Europe centrale et Turquie avec la chute des exportations vers l'Europe de l'Ouest) ; d'où le freinage de l'économie mondiale et du commerce mondial, qui a stagné en valeur sur un an.
Il ne faut donc pas seulement annoncer que l'économie de la zone euro va repartir, il faut expliquer pourquoi. Croit-on vraiment les prévisions de reprise de la croissance de la zone euro à partir du second semestre 2013 alors que le désendettement du secteur privé a à peine commencé, que la politique budgétaire va rester restrictive, que la grande faiblesse de la croissance potentielle n'incite ni les ménages à consommer,ni les entreprises à investir, que la croissance mondiale ralentit et que le commerce mondial en valeur stagne ?
