Il y a 122 ans, lorsque "L’Usine" a vu le jour à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, les "start-up" se dénichaient dans la sidérurgie, et la révolution technologique en cours était celle de la mécanique. C’est là que les entrepreneurs, les ingénieurs et inventeurs de génie se donnaient rendez-vous pour confronter leurs idées ou tester leurs innovations (l’automobile, le chemin de fer, l’acier…). Aujourd’hui, les jeunes pousses se dénichent dans le numérique. C’est dans le creuset de cette révolution technologique ("industrielle" affirme même Jeremy Rifkin) que nous devons envisager l’avenir de nos usines. Et si certains pensent que cela revient à se fabriquer des lendemains dématérialisés, ils se trompent. Nous pensons, à "L’Usine Nouvelle", que le "digital" touche au contraire tous les secteurs traditionnels. Les fabricants de matériaux (il en faut beaucoup pour fabriquer des tablettes et des smartphones), les industriels de l’agroalimentaire (ne serait-ce que par l’e-commerce), les constructeurs d’automobiles (pas d’autopartage sans internet !), l’aéronautique (combien de lignes de codes dans un avion ?), l’énergie (vous avez dit smart grid ?), la mécanique (que l’on appelle de plus en plus souvent la mécatronique), les télécoms évidement aussi… tous doivent affronter le changement de paradigme qu’impose la numérisation de l’économie.
C’est cette (r)évolution que "L’Usine Nouvelle" accompagne à travers son dossier consacré à l’innovation digitale, et sur son site internet baptisé "L’Usine Digitale". Fidèle à notre mission originelle – être le média de la communauté de l’industrie –, notre propos n’est pas de nous détourner de nos lecteurs traditionnels, mais bien de vous embarquer dans cette révolution technologique. Nous voulons vous raconter comment y prendre part, de quelle manière le numérique peut vous aider à revoir vos business models, à repenser vos produits ou vos organisations. Notre volonté est également de montrer comment les grands acteurs du numérique sont en voie d’industrialisation (lire notre enquête sur Google). Si vous en doutez, visiter n’importe quel datacenter, comme celui du CEA à Bruyères-le-Châtel (Essonne), par exemple. Opéré par Bull, on s’étonne lors de la visite du vocabulaire utilisé par notre guide : il parle de mise en production, de flux logistiques, de goulot d’étranglement, d’entrepôt automatisé… Pour un peu, on se croirait dans une usine traditionnelle ! La seule différence, finalement, c’est ce que l’on y fabrique. Ici, ce ne sont pas des produits mais des données qui sortent des "chaînes de fabrication"…