
Largement inspiré par les thèses de Schumpeter sur la destruction créatrice, le philosophe Luc Ferry tente un essai sur le sens de l'innovation. Pour lui, l'innovation est l'un des piliers de nos sociétés. L'ex-ministre en tente une critique mais s'arrête en chemin pour que son essai fasse vraiment date.
C'est le titre d'abord qui nous a attiré.L'innovation destructrice... Puis le nom de son auteur : Luc Ferry. Qu'est-ce qu'un philosophe, ancien ministre de l'Education, pouvait avoir à dire sur l'innovation ? Est-ce d'ailleurs une matière philosophique, un terrain où la sagesse a son mot à dire ? Peut-on réfléchir à la nature de l'innovation ? Ce sont finalement toutes ces questions que l'auteur soulève dans son ouvrage en proposant des pistes de réponse.
Autant le préciser dès maintenant, le questionnement du philosophe s'appuie sur une exégèse des idées de l'économiste Schumpeter. Séduit par les intuitions de ce penseur du capitalisme, Luc Ferry fait de son concept de "destruction créatrice" l'une des lois "naturelles" de nos sociétés capitalistes. Balayant la voie keynésienne en un paragraphe, l'ex-ministre tente de réfléchir au sens de cette marche en avant perpétuelle. Pour le philosophe, ce paradigme nous oblige à sans cesse chercher et créer des ruptures pour que tout l'édifice continue d'avancer, de générer de la croissance pour ne pas tomber.
En le lisant, on ne peut s'empêcher de penser que vivons dans la civilisation de l'innovation. Nos communautés sont en quête perpétuelle de nouveautés et cherchent toujours le coup d'après. Fuite en avant ? Progrès ? Dans son ouvrage, le philosophe ne tranche pas ces questions. Il les soulève simplement. C'est dommage car il manque ainsi son essai. Son texte faisant plus figure de rapport d'étonnement que de réflexion philosophique sur le sens de l'innovation.
Le principal enseignement de ce texte est ailleurs. Pour nous qui sommes habitués à associer cette discipline au seul terrain de l'entreprise, Luc Ferry démontre que son terrain de jeu est beaucoup plus vaste. La quête d'innovation, qu'il décrit très bien, concerne tous les champs de notre vie : celui de l'économie bien sûr, mais aussi ceux du social (le télétravail, l'entreprise sans chef...), de la culture, des lois (le code informatique est une nouvelle forme de règles), des mœurs (le mariage pour tous), de la morale... Dans tous ces domaines, la loi de l'innovation destructrice s'impose. Chacun, selon ses valeurs et sa culture, voyant parfois plus d'innovation que de destruction, et parfois plus de destruction que d'innovation dans les avancées.
Thibaut De Jaegher