"Morose", "compliquée", voire "déprimée"... A l'heure du bilan annuel du marché de l'emploi, 2013 ne récolte que des adjectifs désobligeants. Pour 2014, les cabinets de recrutement ne diraient donc pas non à un peu d'optimisme. "Un regain assez ferme des embauches s'est fait sentir entre mi-octobre et mi-décembre, avec des signes de reprise des carnets de commandes, assure Marc Puyoulet, directeur général adjoint du cabinet Hudson. Si le dernier trimestre donne le la pour 2014, on espère un rebond plus marqué."
Où et quand surgira-t-il? Certains secteurs ont passé 2013 sans trop d'encombres et s'annoncent déjà porteurs pour 2014. C'est le cas de l'aéronautique. Malgré la restructuration d'EADS, "les entreprises du secteur et leurs fournisseurs continuent de créer des emplois", assure Marc Puyoulet.
L'industrie reprend les recrutements
Dans l'industrie, les cadres de haut niveau manquent en ingénierie, R&D ou lean manufacturing -la gestion "au plus juste" de la production. Mais les cadres débutants, les techniciens et les employés seront aussi recherchés, dans le secteur des transportsou de l'énergie notamment. Le premier profitera de plusieurs chantiers. Et en dépit de la suppression d'un millier de postes, laSNCF et ses filiales recruteront cette année autour de 7000 personnes.
Après un passage à vide, le secteur du pétrole et du gaz devrait se remettre à embaucher. "La prolongation de la durée de vie de certaines centrales nucléaires et le développement des énergies renouvelables devraient aussi créer des opportunités", complète Julien Barrois, directeur exécutif de Page Personnel, cabinet spécialisé dans le recrutement des cadres de premier niveau, techniciens et employés.
Le conseil des recruteurs pour augmenter les chances des candidats? Cesser de ne miser que sur les grands groupes. "Les entreprises de taille intermédiaire portent la croissance, rappelle Marc Puyoulet, du cabinet Hudson. Elles exportent, mais n'en recrutent pas moins en France, contrairement à certaines grandes entreprises." "Il existe une pléthore de PME industrielles qui ont des postes difficiles à pourvoir et recrutent parfois des profils peu qualifiés, en prenant en charge leur formation", confirme Julien Barrois.
High-tech et santé se portent bien
Autre secteur en bonne santé, la high-tech, relativement épargnée par la crise. Côté cadres, "on a pu observer un léger ralentissement aux 3e et 4e trimestres 2013, mais des postes ont commencé à réapparaître en décembre", note Marc Puyoulet. Le CIDJ rappelle que les ingénieurs accaparent 80% des embauches du secteur, mais des postes techniques, comme celui de développeurs, restent très recherchés. "Il fait partie des métiers où les candidats n'ont pas de mal à trouver du travail", indique Julien Barrois. Le e-commerce recrutera quant à lui des techniciens, mais aussi des spécialistes du marketing ou de la logistique.
Parmi les secteurs porteurs, tous profils confondus, figure aussi celui de la santé, stimulé par le vieillissement de la population. "Les métiers des dispositifs médicaux restent dynamiques, notamment sur le marketing et la R&D", note Marc Puyoulet. "La tendance à l'hospitalisation à domicile augmente la demande de techniciens spécialisés, par exemple pour l'installation de lits médicalisés", ajoute Julien Barrois, de chez Page Personnel.
La banque toujours en convalescence
Dans le tertiaire, l'assurance devrait continuer à recruter. D'autres secteurs semblent, en revanche, convalescents. La banque, qui a vu fondre ses effectifs au plus fort de la crise, "ne bénéficie pas encore d'une reprise claire et durable, même si sa situation s'améliore", estime Marc Puyoulet. Les cadres débutants et les employés trouveront toutefois des postes de "télé-conseillers, gestionnaires de flux à l'international, gestionnaires d'affacturage ou comptables", détaille Julien Barrois.
Car la crise replace certains métiers sur le devant de la scène. Si lacomptabilité ne devrait pas se porter beaucoup mieux en 2014 qu'en 2013, des postes comme "la gestion de paie, le comptable fournisseur, le recouvrement, resteront demandés, ainsi que les métiers liés au crédit client et au recouvrement, les entreprises cherchant à maintenir leur trésorerie à flot", note le recruteur. Cela vaut aussi pour la finance, où les entreprises renforceront leurs effectifs en contrôle de gestion ou des risques. Un mal pour un bien.