2013. Encore une année dense en actus industrielles. Dans tous les secteurs. Mais en regardant par dessus mon épaule et en prenant un peu de distance je préfère en retenir quatre enseignements majeurs...
De l'industrie, que retiendra-t-on en cette fin d'année ? Quels faits d'actualité seront sélectionnés comme des jalons importants dans les rétrospectives qui ne manqueront pas de fleurir dans les médias ? Les déboires de PSA sans aucun doute, les dépôts de bilan de Gad ou de Tilly-Sabco, la révolte des bonnets rouges et bretons ou encore le sauvetage de FagorBrandt y occuperont une bonne place. On y trouvera aussi les prises de position du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, et les clash verbaux dont il a le secret, comme récemment sur l'impact de Free sur la filière télécoms. Tous ces dossiers auront évidemment marqué l'année 2013 mais si l'on raisonne sur un temps long, d'autres marqueurs nous en apprennent beaucoup plus sur l'industrie et surtout son avenir. Pour ma part, je retiendrai quatre signaux majeurs de ces 12 derniers mois que je résumerai en quatre anglicismes...
1. MADE IN USA... AGAIN !
La réindustrialisation existe, je l'ai rencontrée... aux Etats-Unis ! Alors que la France aligne les contre-performances, que son industrie ne cesse perdre du terrain en emploi et en valeur ajoutée, une bonne nouvelle nous vient de l'autre rive de l'Atlantique : la désindustrialisation n'est pas une fatalité. Par un effet combiné de modération salariale et de baisse des prix de l'énergie (merci les gaz de schiste !), les USA ont réussi à relocaliser des pans entiers de leur production. Mais ce que les américains ont compris mieux que nous, c'est que la relance de l'industrie ne peut pas se mesurer en termes d'emplois créés mais d'abord en termes de création de valeur. C'est cette valeur, une fois redistribuée dans le pays via des salaires, des contrats de prestation ou des impôts, qui crée par incidence des emplois. Et non l'inverse. Un message à méditer alors que la tentation du gouvernement français est de tout jauger à l'aune du nombre de jobs produits.
2. AIRBUS IS THE BENCHMARK
Le Bourget, le succès du projet A350, le classement des 50 premières usines de France qui consacre le site d'Airbus à Toulouse, le palmarès des ingénieurs de l'année... Tous ces évènements l'ont prouvé : l'industrie en forme du moment est bien l'aéronautique. Son esprit de filière, son respect des sous-traitants (en leur laissant des marges), ses carnets de commande (pleins pour 6 mois au moins), sa visibilité (10 années de production devant elle)... Tous ces atouts font des envieux chez les autres secteurs mais ils consacrent surtout ce coin de la planète industrielle comme le nouveau modèle à suivre... Une place qu'occupait jusqu'à présent l'automobile.
3. DIGITAL IS GOOD FOR YOU !
Le numérique, c'est aussi de l'industrie. Et l'industrie, c'est aussi du numérique. Ce mantra, vous l'avez lu maintes fois ici. Pour L'Usine Nouvelle, 2013 restera sans doute comme l'année du grand basculement, l'année où les industriels ont enfin compris tout ce que le digital changeait et allait changer pour leur produit, leur organisation, leur supply-chain et leur business-model. L'intuition de votre magazine qui a lancé au printemps L'Usine Digitale, le site du numérique qui réinvente l'industrie,était juste : on voit émerger une nouvelle "nouvelle économie" que le Gartner appelle : la Digital Industrial Economy. Une nouvelle ère où toute entreprise doit devenir un champion du digital et où tout pure-player du digital doit travailler son excellence industrielle, c'est à dire à tenir des engagements de qualité, de coûts et de délais.
4. WOMEN POWER
Même si elle reste encore discrète, la montée en puissance de la gente féminine est réelle dans l'industrie. Pour preuve ? Mary Barra a pris la tête du deuxième constructeur automobile mondial, General Motors, et Lockheed Martin, un des plus importants équipementiers aéronautiques américains a placé Marillyn Hewson à sa tête. Ce n'est ni un hasard ni l'effet tardif de l'affirmative action. Non, c'est bien le signe que les mentalités évoluent dans l'industrie. En France, on cherche encore les patronnes parmi les patrons. Mais les choses bougent aussi. Ce secteur s'est (enfin) rendu compte qu'il se privait de la moitié de l'intelligence de l'humanité et se force à rattraper son retard à marche forcée en jouant la carte de l'exemplarité. Le trophée des femmes organisé par L'Usine Nouvelle pour la deuxième fois cette année, prouve que de talents féminins l'industrie ne manque pas. Finalement, ce qui lui manque, c'est juste que ces talents soit révélés et qu'enfin ils s'imposent tout en haut de l'échelle.
Thibaut de Jaegher