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Toute notre économie a besoin d’ingénieurs »

16/12/13



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Christian Lerminiaux: « Toute notre économie a besoin d’ingénieurs »

LE MONDE | 

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 Christian Lerminiaux, président de la Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs, en 2011, à Paris.

 

Christian Lerminiaux est président de la Conférence des directeurs d'écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI) et président de l'Université de technologie de Troyes (UTT). S'il se réjouit du succès du modèle d'« ingénieur à la française » qui se place toujours aussi bien en France comme à l'étranger, il constate que le besoin des entreprises change et qu'il manque d'ingénieurs dans le secteur de l'innovation et de la conception.

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Comment le marché de l'emploi des ingénieurs se porte-t-il ? Sont-ils épargnés par le chômage ?

Toutes les enquêtes d'insertion montrent que nos diplômés s'intègrent bien sur le marché du travail. A l'UTT, le délai d'insertion est inférieur à un mois. Leur délai d'accès à l'emploi n'a que peu évolué ces dernières années, malgré un petit allongement en 2009. La demande des entreprises reste forte. Et leurs salaires ont même tendance à augmenter, ce qui constitue une exception pour les cadres. Bref, tous les clignotants sont au vert, et ce alors que le nombre de diplômés sortant de nos écoles a fortement progressé. La crise n'a donc pas d'impact majeur.

 
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D'où cela vient-il ?

La technologie est présente partout. De plus en plus de métiers comportent une dimension technique. Le profil des ingénieurs répond bien à cette évolution. C'est une formation que l'on peut recommander à n'importe quel parent d'étudiant, car elle permet d'accéder à une grande variété de métiers.

Quel type d'activité les ingénieurs, notamment les jeunes, exercent-ils ?

Les jeunes recrues travaillent surtout dans les bureaux d'études, la conception, et les systèmes d'information. Il y a assez peu de débutants en production (de 15 % à 20 %). Ce domaine n'est plus la fonction première de ces diplômés. Autre phénomène important, l'essor de la fonction commercial-marketing. Pour vendredes produits à fort contenu technologique, les entreprises préfèrent recruter des ingénieurs.

Quels sont les secteurs les plus porteurs ?

Celui de l'informatique, des télécoms et du numérique, en général, reste un gros bastion, surtout pour les débutants. L'aéronautique se porte très bien : elle a suconstruire un « écosystème » très efficace, notamment en valorisant ses sous-traitants et ses PME – à la différence de l'automobile. L'énergie est aussi un important gisement d'emplois. On commence toutefois à manquer de compétences dans le nucléaire, car on a peu construit de centrales ces dernières années. Et dans les énergies renouvelables, les industriels français sont encore peu actifs.

Autre activité dynamique, le BTP, qui réclame de plus en plus de matière grise et représente autour de 8 % des embauches. Quant au taux d'ingénieurs dans la finance, il reste marginal, alors que l'on se focalise souvent sur ce domaine.

Les PME parviennent-elles à attirer des jeunes diplômés ?

Nous touchons là un vrai problème. Les ingénieurs partent travailler dans les grands groupes, et aussi dans des « jeunes pousses ». En revanche, les ETI (entreprises de taille intermédiaire) et les PME n'ont pas accès à ces profils – à l'exception de quelques filières très organisées, comme l'aéronautique ou l'informatique. Or notre économie a besoin que ces petites structures puissentrecruter des ingénieurs.

L'apprentissage peut contribuer à remédier à ce problème. Environ 15 % des diplômés sont formés par ce biais, et nombre de PME parviennent ainsi à enattirer. C'est pourquoi nous sommes très inquiets de la future loi sur l'apprentissage, qui prévoit de limiter le financement de cette voie pour les niveaux de qualification élevés.

Diriez-vous qu'il y a actuellement pénurie d'ingénieurs ?

Nous formons environ 31 000 ingénieurs par an. Il faudrait passer rapidement à 40 000 par an. Nous en manquons pour la conception et l'innovation, où la demande est forte. Nous étions sur une bonne lancée. Mais depuis un an ou deux, le mouvement s'est ralenti.

Pour quelles raisons ?

Plusieurs facteurs interviennent. D'abord, le manque d'attractivité des études d'ingénieur, réputées difficiles et austères. Il y a aussi l'image de ces métiers, souvent assimilés, à tort, à l'industrie lourde ou aux chantiers… Le même problème s'observe dans le monde occidental. Il faut se battre pour convaincredes étudiants de faire des études d'ingénieur.

S'ajoute à cela le manque de places dans les écoles publiques, qui n'ont plus les moyens de créer de nouvelles filières. La croissance des effectifs, actuellement, repose surtout sur les écoles privées, mais avec un frein supplémentaire : le coût plus élevé des études.

La proportion d'ingénieurs qui ont un poste à l'international augmente-t-elle ?

Environ 12 % de nos diplômés travaillent à l'étranger, et ils sont très appréciés. Aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suisse, dans les pays émergents, un ingénieur français n'a aucun mal à trouver un emploi. Une proportion équivalente de nos étudiants provient de l'étranger. Les deux flux s'équilibrent, il n'y a donc pas de « fuite des cerveaux ».

Mais il faut être conscient que, plus on internationalise nos formations – ce qui est une excellente chose –, plus nos diplômés auront vocation à travailler ailleurs. A nos industriels de savoir les convaincre de revenir en France – ou d'y rester. On ne va pas fermer les frontières !

Pourquoi les ingénieurs « à la française » sont-ils appréciés dans le monde entier ?

Parce qu'ils maîtrisent des concepts scientifiques de haut niveau, tout en disposant d'une large palette de compétences. Le résultat est qu'ils comprennent bien les technologies et qu'ils sont adaptables et polyvalents. Ils ont, en outre, une bonne connaissance de l'entreprise, dès leur sortie de l'école. Notre système de formation est d'ailleurs de plus en plus reconnu dans le monde et nos écoles sont davantage sollicitées à l'étranger pour y implanter des cursus.

En quoi les attentes des entreprises à leur égard ont-elles évolué ?

On demande aux ingénieurs désormais non pas de se focaliser sur un problème purement technique, mais d'avoir aussi une approche « globale ». Il faut arrêter deconcevoir des bijoux high-tech réservés à des bac + 5. L'ingénieur doit à présentsavoir à quoi va servir le produit sur lequel il travaille et comment il va être utilisé. Pour cela, il doit faire appel à des disciplines comme l'ergonomie, le design, la sociologie… Cela nécessite également une solide culture générale, et une bonne aptitude à la communication.

Une vaste réflexion est aujourd'hui engagée en France sur l'innovation et la relance de l'industrie. Quel rôle les ingénieurs doivent-ils y jouer ?

Sur ces deux sujets, ils sont aux premières loges. Le débat sur l'innovation, le redressement productif, les 34 filières d'avenir retenues par l'Etat… Nous suivons tout cela avec attention. Je suis convaincu que la capacité d'innovation de nos ingénieurs, observée aussi bien dans les grands projets que dans les applications pour smartphones, est un des atouts clés de notre pays.

Comment voyez-vous évoluer la place de l'ingénieur dans la société ?

Dans l'entreprise, ils sont désormais autant considérés que les manageurs et ont accès aux postes à responsabilités et au « top management ». Plus largement, le monde devient plus technique, et l'opinion se rend compte qu'ils ont un rôle clé dans cette évolution.

Mais, pour autant, ils ont encore du mal à s'engager dans les grands débats de société, comme celui du réchauffement climatique ou de la transition énergétique. Ils restent peu présents dans la vie publique, à la différence de l'Allemagne. Mais les choses sont en train de changer. La France va peut-être redevenir un pays d'ingénieurs…

 

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