Propos recueillis par Emilie Lévêque - publié le 12/01/2013 à 15:24
Au terme d'une journée marathon et de trois mois de négociations, syndicats et patronats ont arraché vendredi soir l'accord tant attendu parFrançois Hollande sur la sécurisation de l'emploi, destiné à offrir à la foisplus de souplesse aux entreprises et davantage de protection aux salariés.
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Cet accord est-il vraiment historique ? Est-il assez ambitieux ? Va-t-il redynamiser le marché français du travail ? Les réponses de Charles de Froment, expert du marché du travail auprès de l'Institut de l'entreprise, responsable des affaires publiques de Manpower Groupe.
Cet accord, signé par trois organisations patronales (Medef, CGPME, UPA) et trois organisations syndicales (CFDT, CFTC, CFE-CGC) est-il historique?Non, ce n'est pas un accord historique, si on le compare par exemple aux réformes Hartz adoptées sous Gerhard Schröder en Allemagne [mises en pace en quatre fois entre 2003 et 2005, ces lois ont notamment dérégulé les emplois courts, durci les règles d'assurance chômage et simplifié les procédures d'embauche, NRLR]. Mais il va dans la bonne direction. Il sera historique si c'est un premier pas vers une réelle flexibilité du marché du travail.
Il manque donc d'ambition?Oui s'il ne se prolonge pas par une modifications des règles de l'assurance chômage lors de la renégociation de la convention Unedic cette année, règles qui ont un rôle structurant dans le fonctionnement du marché du travail en France. En même temps, il ne fallait pas s'attendre à un accord très ambitieux, car on partait de très loin dans la négociation : il y a six mois, lors de l'élection de François Hollande, le mot flexibilité n'avait jamais été prononcé et la question était taboue. Sans compter que les ysndicats étaient divisés : on savait d'ores et déjà que la CGT ne signerait pas et FO a joué un jeu trouble.
Le patronat aussi était divisé... Pourquoi a-t-il attendu aussi longtemps pour accepter le principe d'une taxation des contrats courts?C'est vrai : il y a six mois, le patronat n'avait encore aucune position commune sur le sujet. Il y a eu des dissensions car la délégation patronale n'avait pris, au départ, que les considérations des grandes entreprises. D'où la fronde de la CGPME et de l'UPA. Finalement, ce qui a débloqué les négociations sur la question de la taxation des contrats courts, c'est que le patronat a reconnu qu'il fallait faire un geste pour lutter contre l'explosion indéniable des CDD très précaires.
Quelle mesure de cet accord est selon vous la plus importante?Du point de vue des entreprises, c'est la possibilité de s'adapter à l'activité, notamment, en période difficile, de pouvoir baisser les salaires, ou en période de forte activité, de pouvoir augmenter le temps de travail. Cela introduit vraiment en France un élément de flexibilité interne, alors que la rigidité actuelle était clairement un frein à l'embauche. A terme, cela pourrait remettre en cause progressivement la dualité du marché français du travail, entre CDI et CDD. Cette mesure peut changer le fonctionnement du marché du travail.
Du point de vue des salariés, la mesure la plus importante est la généralisation de la complémentaire santé pour tous. Au plus tard au 1er janvier 2016, toutes les entreprises devront proposer une mutuelle collective et prendre la moitié du coût en charge. La mesure pourrait concerner 3,5 millions de personnes, soit 40% des salariés. C'est la concession la plus importante faite par le patronat puisqu'on estime qu'elle coûtera entre 2 et 4 milliards d'euros par an. Cela va réduire les inégalités entre salariés des grandes entreprises et salariés des petites entreprises ou au statut précaire.
Est-on enfin parvenu à une flexisécurité à la française?On a fait un pas, notamment du point de vue des entreprises, mais on en est encore assez loin. Parce que les instruments ne sont pas les bons : je ne vois pas en quoi taxer plus les contrats très courts va sécuriser ceux qui sont concernés par ces emplois. Il aurait mieux valu un dispositif proche de celui qui a été demandé à l'intérim : exiger des branches professionnelles - surtout celles qui recourent aux contrats dits d'usage - qu'elles ouvrent des négociations sur la sécurisation des parcours.
Cette réforme du marché du travail va-t-elle permettre de faire reculer le chômage, comme l'espère François Hollande?Non, pas à court terme. Il va falloir plusieurs années avant que les entreprises n'intègrent ce changement de culture dans leur politique de ressources humaines, qu'elles aient moins peur d'embaucher en CDI. Et de toute façon, ces changements n'auront aucun effet sur l'emploi tant que la France n'aura pas retrouvé le chemin de la croissance. Du point de vue de l'emploi, la mesure qui aura le plus d'effet positif à court terme, c'est le crédit d'impôt compétitivité.
par transporteurRéagissezDécouvrez les 3 réactionsAnnoncr de suite que c'est un accord historiue et ambitieux, voilà encore des termes bien imprudents de la part de Aéro voilà 6 mois il ne volait pas...